
Il était une fois un nuage, clair et doux comme de la ouate. On l’appelle Nuage zen. Au rythme nonchalant du vent, il flotte. La nuit, dans le silence, il s’émerveille de la beauté de la lune. Ainsi va sa vie, au bonheur des hasards, tout autour de la terre. Aujourd’hui, le ciel est azuré. Le soleil le chatouille gentiment. Une journée parfaite. Mais que se passe-t-il tout en bas, sur la terre ? Il salue un petit garçon, qui pointe son nez pour le regarder. Puis une libellule au bord d’une mare et une fleur violette qui se rafraîchit au passage de son ombre. Il se sent bien, tout est paisible jusqu’à ce que surgissent d’autres congénères, épais, noir et lourds. Leur voix gronde autour de lui. « Va-t-en petit, nous sommes en colère et nous allons nous déchaîner dans pas longtemps. Allez dégage !». Tête de mule, courageux et surtout toujours profondément zen, il décide de rester et de suivre les évènements. Le ciel s’obscurcit. On n’y voit plus gouttes ! Les balourds se bousculent s’entremêlent, s’enchevêtrent, s’emberlificotent. Le vent, lâche ses tourbillons, gagné par la rage de ces querelleurs. Comme annoncé, ça se déchaîne à qui mieux mieux. Un éclair ! Un coup de tonnerre ! Nuage zen spirale, roule et tourneboule sur lui-même et il se dit « C’est trop rigolo !». A ce moment, une rafale énorme l’emporte à l’écart, en sécurité. Il était temps ! Un crac assourdissant donne le signal. D’un coup, la masse sombre des nuages perce, déchirant leur ventre. Ils hurlent de rage. Plus rien ne résiste là dessous. Nuage zen voit des hommes et des femmes et aussi des chats et des oiseaux qui courent et volent pour fuir le désastre. C’est le chaos ! La rivière déborde, des toitures sont arrachées, des arbres sont déracinés, des voitures emportées. Et soudain, un éclair déchire le ciel suivi d’un grondement d’une puissance inégalée, la foudre frappe un grand chêne qui trônait dans un champ de blé. Ca dure longtemps, une éternité, semble-t-il à Nuage zen. Le vieux chêne est gravement touché, mais il résistera à l’assaut. Pour les gros nuages s’en est assez, c’est le coup final. Satisfaits, ils s’éloignent et dégagent enfin les lieux. Un coin de ciel bleu ! Sur la terre toute chamboulée, on se secoue, on se soigne, on respire à nouveau. Les dégâts sont énormes. Il faudra reconstruire mais le cauchemar est fini. Nuage zen soupire. Il a vécu une sacrée expérience et il se souviendra longtemps de ce destructeur et fascinant spectacle. Il reprend sa place dans le ciel limpide. «Oh le joli papillon !» Ebloui par ses ravissantes couleurs, Nuage zen le regarde qui s’approche et lui demande « Tu viens danser avec moi ? »
*Merci à Youri.