
C’est un soir de nouvelles rencontres. L’enjeu entre nous demande une certaine franchise. L’ambiance est sympathique avec des étincelles de légères frictions. Nous faisons connaissances; des affinités naturelles se faufilent ou pas. Parmi ces nouvelles têtes, une m’irrite et je perçois n’être pas la seule. Au fil des échanges, les crispations se confirment, je la prends franchement en grippe. Son agressivité chatouille la mienne et je deal en moi-même : « Ok, il y a un problème, j’y verrai plus clair plus tard. En attendant, calmos. ». Malgré l’avertissement, mes dialogues avec « l’irritable personne » furent teintés d’orage…
Retour au bercail, exploration intérieure: avant-bras, coudes et mains sont très tendus. Une image survient : j’étrangle le cou de « l’adversaire ». Ok :-) ! Je poursuis… Une énergie rouge, puissante, m'embrase aussi sûrement que le contact du feu. Puis il apparaît. Me dit son nom. Pas l’air très cool. Je lui prends la main et lui dis « Allez, raconte, tu m’intéresses… »
Ma plume est incertaine. Je rature et rature encore. Sa présence hante et pèse chacun des mots à l’aune de la perfection stylistique, comme si son maintien rigide exigeait de mon texte de se tenir droit et dans la norme. Je tiens bon … en piste, sous les sunlights, voici « Mister Parfait » !
Pas le genre à (sup)porter un bermuda hawaïen, son style, c’est le costume bien net, voire de flic. De chaque pore de sa peau émane une tension, une colère voilée mais « il n’est pas en colère » de son point de vue. Son regard acéré scrute le moindre faux pli dans le tissu du monde. Du haut du mirador de ses croyances, il pense « ça devrait être comme ça » et pas ce « machin merdique informe ». Il aime l’ordre non pas d’essence divine mais celui qu’il conçoit. Ce qui n’y correspond pas le dérange extrêmement. Il ne supporte pas la lenteur, ni l’hésitation et surtout pas la faiblesse. « Le tendre, c’est mou et bon pour les fiottes » pense-t-il. A la limite du politiquement correct, le handicap est à peine supportable pour lui. Il a toujours totalement raison, il est parfait, le problème, c’est l’autre.
A une certaine distance, se tient son souffre douleur. Si l’un surgit, l’autre rapplique. Ils ne supportent pas mais ils ne se quittent pas non plus. Cet autre est « La victime ». « Le parfait », qui un des aspects du bourreau, lui fait la vie dure. Elle ressemble tellement à ce « machin merdique informe » qui pleurniche et se plaint. Il ne supporte pas de la voir, qui réveille en lui une souffrance qu’il dénie. Tel le serpent qui crache son venin, «Mister Parfait » lâche sur elle ses mots comme des couteaux. Les organes vitaux sont la cible et ce n’est pas du « chiqué ». Il veut vraiment faire mal.
Mister Parfait est une partie de moi, il est ma version de la perfection, dans son côté négatif. Cette personne irritante à mes yeux naviguait entre son propre « Parfait-Victime » et avait réveillé le mien. Les émotions de colère ou de tristesse proviennent le plus souvent d’un sentiment d’injustice. Nous étions touchées toutes les deux et je suis aujourd’hui plus claire avec ce jeu de miroir. De mieux connaître ce versant de l’ombre me permet de le nommer lorsqu’il pointe le bout de son nez. Et aussi j’ai compris: pour des raisons historiques, il avait pris place en moi. Il croyait bien faire et voulait me protéger de trop souffrir.
Ouf, je me détends... Son regard courroucé est encore là mais j’ai changé et je lui dis : «Je te remercie d’exister, cher ennemi car il tu m’apprends plus sur moi-même que mon ami le plus cher ».