
Je me souviens d’« Eloge de la fuite » de Henri Laborit. Face à l’agression, trois modes, venus du monde animal, sont possibles: Agresser, fuir ou faire le mort.
Dans ce texte, je parlerais du troisième: « Faire le mort. »
Suite à quelques informations reçues comme agressions car remettant en questions de profondes croyances, (Je ne peux que remercier ces informations, tel le bouddhiste qui voit en son « ennemi » le plus grand maître), mon psychisme s’est mis en mode « stand by. » Cela s’est produit tranquillement, comme un voleur qui avance sur la pointe des pieds.
J’étais dans mon canapé, un soir, à regarder un film censé me faire rire, une comédie belge à grand succès et j’ai tout à coup réalisé que je n’avais plus ri depuis des jours. J’avais juste esquissé quelques rictus, la mort dans l’âme.
D’abord ça m’a fait: « Oui, ben, bon et alors, c’est quoi le problème ? » Puis: « Ah bon, je tire la gueule, contre qui ? Dieu, le destin ! C’est du sérieux. Je vais examiner la chôse. »
Continuant de regarder mollement le film, ça s’est mis à penser ceci : « Je suis en lutte, sur la défensive. En mode survie. Pour ne plus sentir les coups, je me suis roulée en boule psychiquement. Plus de coups et plus de joie non plus. »
Plus loin dans l’exploration, j’ai réalisé que de vivre ainsi à moitié morte était un état qui satisfaisait ma part de contrôle. J’étais maussade mais en zone connue, contrôlable. Contrôle de la peur. La peur de … ? L’inconnu et aussi de ma part lumineuse, ouverte, amoureuse, vulnérable…
Il y avait donc sensation de bénéfice à vivre à basses vibrations. Douce dépression. Sauf que la conscience titille le trop confortable. Ou encore que ce qui a été un jour appris, ressenti, intégré refait surface sans avoir rien demandé. Et pour d’autres raisons probablement. C’est complexe un être humain, l’air de rien!
Un autre aspect de l’exploration de « Faire le mort » m’a aussi dit ceci : « Le bonheur, c’est toujours pour demain ». Demain, plus tard, ça ira toujours mieux. C’est déjà ce que je me disais enfant lorsque je boudais. J’étais une grande boudeuse. C’était mon arme, ma défense, faute de pouvoir m’exprimer. La bouderie survenait lorsque je me sentais blessée par une situation, certaines paroles. Ca n’était pas comme je l’aurais voulu.
Adulte, j’avais repris inconsciemment le même modèle sous la forme de « Faire le mort » lorsque « ça n’était pas comme je l’aurais voulu. » Façon de dire « Je refuse, je ne suis pas d’accord. Demain, plus tard, lorsque la situation sera favorable, alors là, oui, je vivrai… »
C’était comme de dealer avec la vie : Vivre à conditions de…, aimer à conditions de…, sourire à conditions de…
Ce deal, j’en prends conscience une fois de plus, n’est pas possible. La vie, l’amour sont sans conditions.
Voici le moment de la question:
« Si les conditions ne te semblent pas favorables, que fais-tu ? Agresser, fuir, faire le mort OU vivre, aimer et sourire ? »