
La foule l’entoure, dont moi qui la regarde. Pourtant elle est toute seule. Trottoir de passage, allées et venues, chacun s'affaire. Elle, elle n’a rien à faire. Elle est d’abord sur un banc. Début du printemps, le soleil se lâche après le sommeil de l'hiver. Il fait chaud. Le visage de la dame est penché vers le sol. Elle a, près d'elle, une valise à roulettes. Elle se lève, fait quelques pas. Elle tue le temps ou le temps l’a tue. Je la vois de plus près. Elle porte des pantoufles à carreaux, un imperméable beige. Elle est petite, ses cheveux sont gris, crasseux, hirsutes. Elle avance dans un sens, puis dans l’autre. Lorsque la foule se fera plus éparse, elle pourra s’installer quelque part, dans un recoin de la gare ou sur le trottoir. Un moment, j’ai envie de m’approcher, pour lui offrir un peu d’argent, j’hésite. Je ne fais rien. Moitié par peur de la déranger, l'autre moitié par lâcheté. Suis-je blindée? Je rentre dans la gare pour prendre mon train, sans plus la regarder.
Le lendemain matin, je repense à elle. Son image pénètre en moi, comme une lame froide dans le cœur. C'est trop tard, je n'ai rien fait pour l'aider. Me reste la possibilité d'une prière pour elle. Surgit une voix dedans dehors (!) « Ne t’inquiète pas, elle n’est pas seule. Nous sommes près d’elle. Nous prenons soin d'elle, comme nous prenons soin de toi. Mais si tu veux agir, fais le, sans réfléchir, ose.»
De la savoir "protégée", un lourd fardeau tombe de mes épaules. Merci."