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jeudi 13 octobre 2011

En même temps...


Croire que Dieu m'a abandonnée et le sentir, comme une hache qui tranche mon coeur millimètre par millimètre et en même temps, ne voir que lui en n'importe quel lieu, du plus sordide au plus merveilleux.

Penser l'absurdité quasi totale de ce monde hurlant de souffrances et en même temps, être traversée d'un flux conscient de sa parfaite ordonnance.

Contempler le visage pur d'un enfant de cinq ans, y lire l'amour absolu et en même temps, fermer les yeux à cette possibilité.

Me désoler de vivre dans un tel marasme d'impuissance et en même temps, n'avoir plus la moindre ambition d'y changer quoi que ce soit, en aucune façon.

Etre identifiée, à la moindre contrariété, à des histoires de «quand j'étais petite, j'étais malheureuse» et en même temps percevoir que dans l'infini des possibles, celui l'est aussi, punto.

Avoir le sentiment tenace qu'en fait «on est là et bien là, pour se faire emmerder» et en même temps, me souvenir précisément du fait que je suis responsable de ce scénario.

Du fond du trou dépressionnaire, ne plus souhaiter vivre sinon que des moments heureux et en même temps, me rappeler que je suis engagée dans la voie et à ce rappel, cesser de geindre.

mardi 30 août 2011

Après les vacances: Petit manuel de survie (avec Mr ego)


Mr ego est un malin.

Mes vacances: Une semaine de yoga, 6 heures de pratique par jour.

Je reviens l'esprit clair, le corps transparent. Nourrie et vide à la fois. Les jours qui suivent, écoute des vibrations, du corps, des arbres. Je côtoie quelques amis La ville est calme, elle ressemble à un grand village où il fait bon circuler à pieds ou à vélo. Peu de monde, peu de bruit.

Retour au boulot. La ville se remplit peu à peu. Les rendez-vous se font un peu plus nombreux. Je me couche un peu plus tard, me lève de même. Peu à peu, des noeuds apparaissent, des tensions s'installent, dans la nuque surtout. Mes pensées vont et viennent, papillonnent. La nuit est agitée. J'observe, je déguste... mais ça me déprime un peu, ça me déplaît légèrement. Du coup, ça crispe et se tend un peu plus. Cercle vicieux.

Que fait Mr ego dans cette histoire? Il me susurre que c'était bien là-bas, pendant le stage. C'était mieux. J'ai tendance à le suivre, je l'approuve même, l'air de rien. Oui, en fait, il a raison, ça s'est obscurci, en moi, à cause de... ça va aller de mal en pis!

Une nuit, la grâce survient. "STOP d'écouter ce malin" me dit-elle. PAF! A l'instant même, l'objet de la lutte perd tout pouvoir. Mr ego, dénonciateur du problème, en était la cause... le malin! Fin des tensions, détente, esprit clair, tout est parfait...

mercredi 13 juillet 2011

Merveille que nous sommes!

Nous sommes chacun et chacune des êtres au halo de lumière,
parfaits, merveilleusement beaux,
A l'intérieur de nous, des plaies et des blessures que nous avons tendance à retenir prisonniers
car même s'ils nous font mal et que nous les aimons-détestons, ils nous sécurisent.
C'est du connu, l'inconfort est confortable, au fond.
Ces plaies nous font parfois agir à torts et à travers, nous nous meurtrissons les uns les autres,
souvent en toute inconscience.
Et puis, un jour, le temps d'un instant, un éclair soudain, une percée.
Le voile se dévoile.
Plus rien n'est comme avant!
Vision de l'envers du décor ou est ce l'inverse?
Ce que nous avions pris pour le réel n'est qu'un décor... Vision de la matrice.
Il y a moyen de faire autrement que de se blesser...
L'écoute de son propre fonctionnement, ressentir.
Se pardonner du « à torts et à travers ».
S'aimer dans cette histoire là, dans cette famille là, cette vie là.
Vision-cartographie du plan conscient. Le coeur lui, ouvre la porte.
Les deux réunis-la compassion.
Nous créons le flux.
Ainsi, nous ne demandons plus à l'autre de nous aimer, nous sommes connectés à la source d'amour.
Nous devenons source...

jeudi 23 juin 2011

S'observer comme le plus beau des papillons


S'observer comme un papillon aux facettes miroitantes de beauté
S'observer comme l'enfant sensible et délicat regarde le mystérieux Autre
Accueillir chacun des aspects de nous-même que nous aimons ou que nous n'aimons pas
Sans juger, sans comparer, sans rien chercher
Trouver la bonne distance et s'étonner « Ah tiens, elle fait cela , comme c'est curieux, quelle facette intéressante... »
Découvrir facette après facette le mode actif-réactif en nous
Voir les pensées toujours changeantes.
Ressentir dans le corps l'émotion passagère
Vivre en compagnie de nous-même, relié au tout et en infinie Solitude
Se détendre car il s'agit bien de nous et en même temps, pas...Ce qui est réellement "nous" est « ce qui voit », conscience immuable...
Remercier le mystère...

mercredi 16 février 2011

Bon à savoir

SI TU NE SAIS PAS? FAIS COMME SI!

vendredi 4 février 2011

L'épreuve



L’obstacle est là, bien en face. Il est « ce que l’on ne veut pas », « ce qui ne devrait pas être », contre quoi on lutte, contre quoi on est impuissant. Un sentiment de claustrophobie s’empare du corps et de l’esprit. La confusion règne.
Que faire ?
La fuite, l’agression ou faire le mort sont les trois possibilités mises en lumière par Henri Laborit dans son fameux « Eloge de la fuite ».

L’agression est la colère contre l’obstacle ou contre soi : rancune, amertume, mutilations, suicide.
La fuite réelle ou imaginaire : démission, rupture, addictions diverses : drogues légales ou illégales, sexe, jeu, nourriture, travail à outrance, occupations divertissantes.
Faire le mort ou tirer la prise psychique : chagrin, résignation, dépression, désespoir.

Tous à un moment de notre vie rencontrons l’adversaire et subissons l’impuissance. Les trois modes de réaction sont très souvent explorés. Il en est pourtant un quatrième, paradoxal et plus exigeant : dans cette tension extrême, il s’agit de se détendre.

L’ego ne peut rien y faire : « détends-toi » dans la volonté, ça ne marche pas. L’exploration de la détente se fait en dedans de soi, dans une écoute sans intention, sans identification. La tension est là mais je ne suis pas elle.

Ressentir en dedans, ça risque de faire mal. Il y a là certainement une vieille souffrance de l’enfant qui a refoulé ses émotions lorsqu’il a vécu l’impuissance. Il aura plus ou moins bien passé le cap de la frustration et aura reçu ou pas, conseil et soutien émotionnels.

Se détendre signifie de reprendre contact avec un vieux truc souvent bien enfoui. Accepter d’être parfois profondément triste, ou en colère énormément contre soi, les autres et même Dieu, en vouloir à sa propre vie si désolante, si dégoûtante, n’est pas confortable. La tentation est grande de fuir à toutes jambes, de se distraire pour ne plus penser, de se refermer, ou d’agresser le monde entier.

Cette « descente » est jalonnée d’aller et retour. Le désir titille vers « autre chose », vers « s’en sortir » et souffle à nouveau à l’oreille que la vie devrait, pourrait, être plus légère, plus heureuse. Notre société nous offre tant de ces belles images. L’espoir se faufile d’y ressembler, mais non, la douleur est toujours là, et ne veux pas nous quitter.

Y rester demande beaucoup de forces intérieures, de résolution, de patience. Viendra la clarté de reconnaître l’épreuve comme riche d’enseignements. Elle permet le chemin vers le plus profond de soi, vers une réconciliation entre des parties adverses de soi-même.

Imperceptiblement, l’obstacle se transforme en cadeau. Il est toujours là mais notre regard sur lui a changé. Il est empreint de la bienveillance que nous avons maintenant pour nous-mêmes. Nous nous sommes vus faillible, vulnérable, et aussi fait de lumière. Au passage, peut-être sommes-nous devenus plus humble, plus tendre pour « l’autre » ?

Un beau jour, la beauté de la vie, sa bonté et sa générosité éclairent l’épreuve. L’obstacle est devenu l’ami et de la caverne du cœur jaillit un seul mot, le plus pur et le plus essentiel « merci ».

mercredi 2 février 2011

L'inespoir par Chögyam Trungpa


L’exigence de base pour marcher sur la voie spirituelle, c’est l’inespoir. L’inespoir n’a rien à voir avec le désespoir. Il y a une différence. Le désespoir c’est de la paresse, un intellect insuffisant. On n’est même pas disposé à chercher la raison du désespoir. C’est un bide total. L’inespoir en revanche est très intelligent. On n’arrête pas de chercher. On tourne une page après l’autre en disant : « C’est sans espoir, c’est sans espoir. » On reste extrêmement vigoureux, inespérément vigoureux. On cherche encore des lueurs d’espoir, mais à chaque fois, on finit par se dire : « Ah non. Beurk !» L’inespoir n’arrête pas : il est très vigoureux, c’est une grande source d’inspiration. Il chatouille l’esprit comme si nous étions sur le point de découvrir quelque chose. Au moment de la découverte, nous disons : « Ah, enfin, j’ai trouvé !…Ah non. C’est la même rengaine qui rapplique. »
D’inespoir en inespoir, nous commençons à acquérir le sens de l’humour, ce qui nous empêche de devenir le roi des paresseux et des imbéciles.

in "Jeu d'illusion", vie et enseignement de Naropa, Points Sagesse, 1997

vendredi 27 août 2010

Un pas après l'autre...

Les aspérités qui surgissent sous nos pas (insupportables obstacles du point de vue de l'ego!) sont là pour nous polir afin que nous devenions des pierres douces et rondes qui roulons gracieusement sur le chemin de la vie.

mercredi 19 mai 2010

Contempler ma propre beauté


Aimer qui je suis
Etre tendre pour cette part de moi que je ne voudrais pas être
Quitter la lutte de vouloir une autre vie, un autre corps, une autre histoire (l’histoire n’est pas qui je suis).

Aimer qui je suis
Me réjouir de ce que je crois perdre (rien n’est perdu, rien ne m’appartient)
Ce qui me quitte ne m’est plus nécessaire
L’espace est libre pour la vie joueuse, à chaque instant nouvelle.

Aimer qui je suis
Mon plus grand trésor est moi-même
Me sentir seule ou perdue, c’est avoir perdu le contact intime avec qui je suis (le contact est toujours là).

Aimer qui je suis
Chaque instant est intensité, pas de plus grand maître que la vie
Vouloir plus est ce qui m’empêche d’y goûter
Vouloir plus, c’est l'avidité, puits sans fond d’expériences, de sensations, de plaisirs.

Aimer qui je suis
Et rencontrer l’autre pour partager nos trésors intérieurs
Et nous quitter lorsque d’autres trésors nous appellent avec plus d’intensité.
Le cœur, lui, toujours reste…

samedi 3 avril 2010

Du bal (ai)


Quand je suis en demande, que je regrette, que je voudrais. Quand ça devrait être autrement. Quand je refuse ce qui est là, alors l’émotion s’emballe : tristesse, colère ou plus légèrement une humeur sombre (!). Valse du bourreau ou de la victime. Recherche d’un sauveur.
Ces émotions sont de l’énergie stagnante en nous dont se saisit le mental pour les amplifier. Elles proviennent de l’enfance et faute d’avoir pu être exprimées, elles ont constitué dans notre inconscient le corps de souffrance*. Caché derrière son rideau, il attend l’étincelle pour surgir sur la piste et se nourrir de notre souffrance. Pour animer et faire durer la fête, un super DJ nommé «Destroying Minds». Un fameux tintamarre ! Une danse chaotique ! Souvent pathétique ! Parfois tragique…
Sa besogne faite, le corps de souffrance nous laissera seul sur la piste, épuisé, meurtri. Venu de l’inconscient, il y retournera, toujours prêt à se pointer pour le prochain bal émotionnel.
MAIS/ET, une autre voie est possible…
Reprenons le scénario : les pensées-émotions surgissent. Le corps de souffrance se pointe. Mais l’observateur aussi ! Qui légèrement se décolle du grondement intérieur pour observer les pensées. Les émotions, elles, sont ressenties : dans la gorge, dans le ventre, les épaules… Voici le corps de souffrance exposé, mis en lumière, celle de la conscience. Ce que nous redoutions le plus, nous y faisons face. Inversion du réflexe. Plutôt que la fuite, la présence.
Cela demande du courage, de la confiance, de la patience. Car il s’agit de quitter l’illusion, le connu pour se brancher sur le Réel, l’inconnu.
Viendra le moment où le gros vilain monstre du désespoir, du découragement, du manque d’énergie s’épuisera à notre place, se videra de lui-même, se dégonflera pour laisser place …à la sérénité, ouii! Alléluia!

*Voir Eckart Tolle « Le pouvoir de l’instant présent ».

lundi 8 mars 2010

Choisir


Qu’est-ce qui est le mieux pour moi ? Dois-je faire ceci ou cela ? Je ne sais que choisir…
Pensées qui tournent en rond, blablabla, tensions, …
A chaque instant, le passé disparaît, je meurs. A chaque instant, je nais, neuf. Le flux de la vie nous entraîne dans son courant. L’impermanence est la seule constante. Aucune prise n’est possible. Vivre sans s’opposer à ce qui se présente est la voie.
Seul l’humain doté d’un ego, qui retient et anticipe, se donne l’illusion d’une direction, d’un choix possible.
Nous sommes nés dans un contexte familial et lors de notre incarnation, nous l’avons choisi. Il nous est offert un rôle au sein de celui-ci. En embrassant pleinement et consciemment ce destin, c'est-à-dire en honorant chacun des membres de cette famille ainsi que nous-mêmes, nous célébrons le choix de notre âme. Cela s’appelle l’amour.
La paix alors illumine le cœur.
Il aura fallu selon chacun maturité et patience et aussi d’assumer le deuil des illusions et des vains espoirs.
De mettre ses pas dans ceux de son destin, ils deviennent plus légers. Et que vienne la danse… !

vendredi 12 février 2010

Rien de tel


Rien de tel que le froid qui fouette pour remercier la chaleur moelleuse d’un feu de bois.

Rien de telles que des racines profondément amoureuses de la terre pour s’envoler vers le ciel radieux.

Rien de tel que le brouhaha du jour pour mesurer l’intense silence de la nuit.

Rien de telle que la solitude pour voir la beauté de l’âme dans un regard.

Rien de telles que les larmes pour que perle le cœur.

Rien de telle que la différence pour découvrir qui l’on est.

Rien de tel que d’être sans espoir pour goûter chaque instant.

Rien de tel que d’être sans savoir pour sentir le corps vibrer.

Rien de telle que la séparation pour ressentir la présence.

Rien de tel que d’avoir été ignoré(e) pour brûler du désir d’exprimer.

Rien de tel que de se vivre démuni pour que chaque geste s’emplisse de gratitude.

Rien de tel que de n’être rien pour s’émerveiller de la vie.

mardi 8 décembre 2009

Inch Allah


On signe avec la vie comme pour un mariage : pour le meilleur ET pour le pire, pour les joies ET les peines.
Enfant, j’ai connu un moment d’une telle souffrance que j’aurais voulu, plus que tout, que ça cesse. Je ne peux mesurer totalement jusqu’à quel point de profondeur cet évènement a touché ma vie. Ne pouvant disparaître, j’ai perdu une partie de moi essentielle. Elle a rejoint un lieu de ma psyché où un monde autre, dont je peux apercevoir les contours lors de méditation ou de voyages chamaniques.
Aujourd’hui, lorsqu’un grand chagrin affecte ma vie, j’ai le réflexe de vouloir disparaître, que ça cesse. Mais tout comme alors, je ne le peux. Cette impuissance est comme une flèche qui me transperce le ventre.
Contrairement à Cioran, ce précieux scrutateur des abîmes, je ne peux me consoler de vivre, en sachant qu’il est toujours possible de se débarrasser de soi-même. Toute puissance illusoire. Je sais, que la souffrance n’est alors que postposée, je sais, combien l’âme est alors en errance dans ce monde des vivants s’en pouvoir en sortir.
Alors, nul recours sinon la rage, la vengeance (contre la vie ?) ou la résignation ?
Oui, ce sont des possibles.
Une autre voie est celle de se laisser transpercer, tout cru par la souffrance. Se laisser labourer, tout nu, par l’impuissance. Dame Mort n’est pas loin, qui glisse à l’oreille de qui peut l’entendre, qu’elle seule décide vraiment du mot fin (qui est aussi éternel début d’autre chose mais ça aussi il faut s’en délester).
Se sentir plus bas que terre, voilà ce qui reste du terrassement. L’ego a beau s’accrocher, il ne peut résister, écrasé sous le poids de ce qui est.
Et puis, à un point ultime de l’implacable… mystère… en un instant, qui a toujours été là et qui sera toujours, viennent la paix du cœur, la joie, une musique céleste qui teinte l’espace. Plus une seule pensée n’encombre cette beauté intransmissible.
Tout est bienvenu, rien n’est à craindre. Je ne peux, à nouveau, que remercier et reconnaître l’intelligence suprême qui se cache et se dévoile dans ce mystère.

lundi 2 novembre 2009

La danse de Shiva


Quoi de plus simple que de vivre ? Mais pour peu que l’on y regarde de plus près, ça se corse. Petite visite dans les profondeurs…
Un jour, une phrase de l’actuel Dalaï Lama m’avait interpellée : « Quand je mange, je mange. Quand je bois, je bois. L’important est de ne faire qu’une seule chose à la fois. »
Il est pour cela un maître. Sa présence physique et mentale est totale. Mais qu’en est-il de vous, de moi ? Avez-vous déjà observé à quel point nous sommes essentiellement les marionnettes de notre mental ? Démonstration…
De ce matin à ce début d’après midi, j’ai prêté attention à chacune de mes actions. A chacune d’elle, une pensée surgit, l’image d’un souvenir ou d’une anticipation lui est jointe, suivie de près par un commentaire. Le tout en une fraction de seconde. Et si je ne suis pas consciente du mécanisme, le premier commentaire sera suivi d’une autre pensée liée à une image d’un souvenir ou d’une anticipation… ad vitam eternam.
Quasi toute notre vie peut ainsi être vécue « à côté ». D’apparence présent, en réalité dans « la mental box », divisé. Distrait ce qui étymologiquement veut dire « à côté de soi. »
L’essence de l’attention est la totale présence à l’instant et pour cela, quelle chance, nous avons reçu un corps ! Quoi que nous fassions, nous sommes sensuellement au contact du monde. Inspirer et sentir l’air qui pénètre les poumons. Expirer et ressentir le contact de l’air plus tiède avec les narines (« c’est délicieux » disait cet autre moine bouddhiste, Chogyam Trungpa). Pure tactilité du toucher de nos pieds sur le sol. Ressenti de ses propres mouvements dans l’espace, du vent qui caresse la joue. Enivrement d’un parfum ou des couleurs de la forêt en automne. Le chocolat chaud qui suivra, je peux aussi le savourer en totale présence, uniquement centrée sur son goût, son odeur, sa texture, sa chaleur sous mes doigts.
Lorsque je prends place dans cette dimension sensuelle, je Suis, corps et esprit réuni. Retour aux origines, à l’enfance…Simplicité d’être.
Amoureusement vôtre.
PS : En fait, ah ha, ce n’est pas aussi simple sinon nous serions tous des maîtres ! Pour ceux que cela intéresse, je poursuis…
La première difficulté est la Très grande exigence d’être, dans cette qualité de présence, à chaque instant.
Secundo, pour corser l’affaire, nous existons dans une réalité duelle ou la vie est inextricablement liée à la mort. La lumière n’existe que par l’ombre et vice versa. « Très bien, oui, nous sommes mortels, c’est une évidence » me direz-vous d’un air légèrement amusé ou condescendant ou étonné (au choix). « Pauvre fille, quinze ans de yoga pour en arriver là… ». Je souris et persiste…
Le voile dévoilé d’une balade chamanique m’a révélé ceci : A chaque instant, je vis. A chaque instant, je meurs, SEULE condition d’une possible (re)naissance. Dame mort est inextricablement liée à la vie. Sans la mort, la vie n’existe pas. Danse de Shiva. Un maître est totalement conscient de cette dimension. A chaque instant, il est totalement présent, seule condition possible à la disparition de qui il est (ce que le new age appelle le lâcher prise qui est tout sauf volontaire. On ne lâche pas prise, ça lâche prise). Puis il renaît totalement neuf. Il est là et en même temps, personne n’est là. Fi de mémoire, fi d’anticipation, le saut dans le vide permanent. Plus d’ego, d’agrippement (l’ego est en fait l’agrippement). Sans peur, sans attente, pure présence. Percevez-vous comme moi le vertige de cette exploration?

lundi 5 octobre 2009

Sur le quai

Je suis là sur le quai du métro.
Non pas là, quelque part ou ailleurs.
Non, « je suis » à chaque millième de seconde, là, sur le quai du métro.
Je sens la plante de mes pieds déposés sur la terre.
Le contact est doux, souple et goûteux.
Mon corps est réceptif à l’espace.
Contenu en lui.
Une ligne de clarté me traverse depuis le sommet de la tête jusqu’au sol.
De même dans le sens inverse.
Je contemple et je sens.
Je vois, hume et perçois le spectacle de mes congénères terriens.
« Nous sommes embarqués »
L’espace est contigu, une centaine de personnes sur le quai, de quoi faire surgir l’atavique en nous.
Défense instinctive dans le regard, dans les mains, les épaules.
Nous tous, sur ce quai, sommes soumis à des tensions territoriales intenses mais l’éducation nous contraint à repousser la libération de celles-ci.
Le corps encaisse les tensions, avec au sommet, la tour de contrôle, le mental, en position d’hyper vigilance.
Défense-agressivité ou fuite: hier ou tout à l’heure en copié-collé.
Fascinant spectacle de non présence à soi-même et donc forcément aux autres.
Banal spectacle d’une ville à l’heure de pointe.

« Quoi d’autre(s) possible(s) ? » demande le quidam.

TOUT embrasser.
Le bruit, les autres.
Le corps bousculé ou fatigué, peut-être qui a faim.
Les soucis au boulot ou à la maison.
Le sentiment d’impuissance ou d’inutilité.
L'esprit en déroute.
L'âme qui vacille.
TOUT aimer.
Sourire et voir la beauté d’un visage qui sourit en retour.
Ce monde là est en marche…

jeudi 13 août 2009

Paradoxes


Plus je veux saisir la vie, plus elle s’éloigne
Plus je veux retenir le suc, plus le monde est aride
Plus je veux me détendre, moins je souris

Plus je veux contrôler l’espace, plus je me sens à l’étroit
Plus je veux ne pas souffrir, plus l’enfermement me guette
Plus je veux savoir pourquoi je suis là, moins je me sens exister

Plus je veux ne pas me tromper, plus je me perds
Plus je veux être délivrée, plus je vis la peine
Plus je veux devenir, moins je suis là

Plus je veux la perfection, plus je culpabilise
Plus je veux que ce soit autrement, plus ça ne change pas
Plus je veux être quelqu’un, moins je suis à l’écoute

Plus je veux que tu sois là, plus je me sens seule
Plus je veux l’harmonie, plus je vis la guerre
Plus je veux être comme tout le monde, moins j’aime qui je suis

Plus je veux m’oublier, plus les pensées m’enchaînent
Plus je veux du pouvoir, plus je me sens pauvre
Plus je veux être pure, moins je suis sensible

Plus je veux être ailleurs, plus je suis en prison
Plus je veux être rassurée, plus je doute
Plus je veux le bonheur, moins j’aime la vie

Et au fait, qui est "je" ?

mercredi 29 juillet 2009

Nudité


Se dénuder,
c'est enlever les couches qui recouvrent la nudité
et non pas,
enfiler un costume de nudité pour recouvrir les autres costumes que l'on veut voir disparaître.

Encore mieux...se dénuder, c'est juste voir les couches qui recouvrent la nudité et s'offrir à la confiance d'être nu(e).

mardi 28 juillet 2009

Bénédiction

Une petite inquiétude au réveil.
Un rêve troublant.
Le nuage s'est installé, insidieux, à bas bruit.
Voici la morne attitude,
Le vivre dans la prison-tête aux barreaux invisibles que sont les pensées.
Toujours ailleurs, toujours demain ou il y a quelques heures.
Frustration sans raisons, tout pour être heureux.
Et pourtant cette amertume et ce corps lourd
Donnent à la vie une teinte en grisé, comme une demi-mort.
Seuls l'écoute, l'arrêt de faire, permettent à cette mélodie tristounette
De s'élever, de révéler ses notes une à une.
Ne pas s'aimer, vouloir être quelqu'un d'autre,
Etre déchiré par des désirs contradictoires:
l'un de s'échapper, l'autre de devoir.
Recevoir le tumulte, s'accueillir dans la peine et tomber et mourir.
Abandonner.
Silence de l'instant dans la clarté de l'âme.
La joie pure jaillit aussitôt.
Je bénis l'immense pouvoir de la gratitude.

lundi 27 avril 2009

Désossement

M’aime-t-il ? Va-t-il m’aimer ? Suis-je aimable ?
L’enfant, dans sa grâce d’être, goûte chaque instant comme une éternité. Il « est » car il n’a aucun doute d’être aimable ou aimé. Ne se pose pas pour lui la question de « Qui suis-je ? » : il est.
Nous perdons peu à peu la confiance au fur et à mesure de la découverte de notre individualité. Vient la comparaison, la mise en condition de l’amour reçu.
Selon les « coups durs » de la vie, cette perte est plus ou moins importante. Nous construisons des châteaux de cartes » et avons construit de bric et de broc, des illusions qui sécurisent et puis qui tombent si l’on prend la voie du guerrier qui s’abandonne au flux de la vie. Ni bonnes, ni mauvaises, les expériences lui adviennent, le guerrier les palpe, les embrassent et de cette double direction, abandon et accueil, les châteaux s’écroulent et fracassent le sentiment de faux équilibre.
Petit enfant, ouvert de corps et de cœur. Sujet-objet de jouissance. En lui naissent et puis disparaissent la peur, la joie, la tristesse et la colère. Sans traces. Nulle question en lui de « Qui suis-je ? ». Nul doute de « Suis-je aimable ? ». Confiance absolue en l’amour. La vie le traverses et le baigne dans son bain amoureux. Il est l’être sans ego.
Ces parents desquels il se sent joint, sont tels des Dieux pour lui. Et puis vient un jour où naît la blessure : les Dieux mettent conditions à leur amour. En fait, ils l’avaient déjà fait mais l’enfant ne l’avait pas perçu. Lorsqu’il le voit vient la blessure. Naissance de la faille, qu’il colmatera psychiquement : naissance de la première façade de protection de son être. Ainsi grandira-t-il de façade en façade et ainsi deviendra-t-il homme, névrosé, perclus de couche et de couche de colmatage, de refuges divers pour maintenir l’édifice fragile et illusoire de sa psyché. Son corps lui aussi temporisera les blessures. L’un ne va pas sans l’autre. Nulle séparation.
Le chamanisme, le yoga, je peux les reconnaître comme techniques chirurgicales afin de faire le chemin inverse de « décolmatage » de l’être. Chacune des couches inscrites subira une désintégration avec comme conséquence, sentiment de déséquilibre et deuil jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre soit atteint. Qui sera à son tour démantelé, désossé. Le réel sera de plus en plus perceptible. L’être de plus en plus perceptible. Peu à peu, l’ego cède la place au vrai maître.

jeudi 9 octobre 2008

Exploration

Me sens comme un pantin « singeant » le prof et cette vision me déplaît. Pas envie, au fond. Niveau de tolérance zéro à la moindre contrainte, à la moindre obligation de devoir être là. Je quitte le cours de danse.
En trame continue, je perçois le sentiment de déception. La colère n’est pas loin. Je ne suis pas celle que j’aurais aimé être.
Quid de cette déception ? Tristesse, colère, amertume et culpabilité, tous venus d'un vide affectif de l'enfance et même d'avant. Ce mélange dont je ne savais que faire, je l’ai retourné contre moi-même. Désir de mort, d'anéantissement sous le sourire.
Jusqu’à présent, pour être quelqu’un, je m’étais calquée sur le désir que l’on avait de moi. Aujourd’hui, le goût me manque. Les forces m’abandonnent. Recherche de syntonisation avec mon propre centre. Plutôt que de chercher l’issue vers un nouveau désir de quelque chose (tant de possibles), je regarde la dépression apparaître. J’écoute le juge qui m’enjoint à m’activer. L’enfant en souffrance qui se débat. La recherche avide d’un sauveur qui hurle à tout berzingue. Je reste là, je ne fais rien, je me laisse faire. Je descends là où tout est redoutable (ou l'art de jouer à QUI a peur du grand méchant loup ?), dans le trou sombre où l’identité n’est plus rien.