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vendredi 5 novembre 2010

Mémoire enfuie



Se cacher, fuir. Se sentir traqué, menacé, en danger. Peur de l’autre en tant que possible destructeur. Peur d’avoir faim, d’avoir froid. Nous sommes, pour certains d’entre nous, fils et fille de parents nés avant la guerre 40-45, celle des exterminations nazies contre les juifs, celle des peuples d’Europe, assoiffés de vengeance et de haine.
Nous sommes nés de cette mémoire encore vivace et sommes plus en train de survivre, que de vivre. Nous nous agitons et tentons par moult thérapies de nous libérer du poids de nos névroses. Nous appartiennent-elles ou sommes nous les jouets de ces peurs profondes qu’ont vécues nos parents et transmises via nos gênes communs? Ou même, sommes-nous cela et aussi les fruits exsangues de l’inconscient collectif baigné dans cette période de l’histoire où se libéraient sans frein les démons les plus sombres de l’humanité ?
Ainsi, par mille ruses, tentons-nous de nous affranchir de nos destins, de colmater ces peurs obscures de la folie, de la mort et de la solitude.
Notre mission aujourd’hui est telle celle des éboueurs de nos déchets quotidiens ; les saisir à pleines mains mais non pas pour les enfuir. Plutôt pour les brûler au sein du grand feu transformateur de la conscience. Tâche écrasante, nécessaire. Nos propres enfants la réclament, ô combien lucides et à la fois perdu, qu’ils sont.
La révolution n’est pas dans la rue mais en nous. La lumière est là, toujours !

Ps : Le « nous » a surgit avec force dans ces lignes. Pardon pour ceux qui ne s’y reconnaissent pas.

mercredi 24 février 2010

Génogramme


Du dedans, elle perçoit son arbre généalogique sens dessus dessous. Ses ancêtres, peut-être ne veut-elle pas les sentir en elle ? Alors, elle flotte entre deux mondes, légère et pour peu que passe un tourbillon, la voilà emportée nulle part, en petits morceaux. Difractée. Parfois, elle se sent sur un pont de cordes, entre deux rives et le précipice lui chatouille les yeux. Elle ne sait où aller.
Un jour, en elle, l’arbre se retourne. Elle a vu ses racines plonger dans la terre qui brasse, aime et accueille. L’alchimie peut opérer et le plomb muter en or pur. Les manquements, les turpitudes, l’offense et la trahison se dissolvent dans la matrice où l’humus nettoie. De ce sol nourricier, l’arbre se nourrit, grandit et se gorge de sève pour se dresser vers le ciel, droit. Des racines célestes captent la lumière. Les fruits qu’elle croyait pourris reçoivent le respect qui leur est dû. Ils sont dorés maintenant. Ils portent le signe des princes et des princesses. Leur chant est harmonie, leur danse honore la terre et le soleil. La nuit, ils sont des astres qui comme leurs sœurs étoilées, dessinent une spirale dans un monde spacieux.

dimanche 25 octobre 2009

Destinées


Lignée de femmes effacées d’elle-même, sans destin ni existence propre, avec pour seul royaume le monde domestique, vide de sens. Errance au quotidien dans un univers, physique et mental, clos. Je fais partie de cette lignée; grand-mère, mère, tante, soeur... Survivante et consciente de l’être.
Oser dire qui je suis, peu importe le véhicule et franchir le barrage qui sépare d’une existence en retrait, nourrie par et pour les autres, à celle propre à soi, dans la lumière, au contact du Réel, voilà ce qui me pousse, me tiraille, me tenaille, me titille, me déchire, m’écartèle, …
Mettre en prières, en images, en mots et en voix le silence subit de ces femmes et des autres semblables à elles, les faire renaître, transformer ce poids mort de l'ombre de leur destinée, traduire leur vie de patience et de renoncements, tout en tissant la mienne... Accueillir en mon sein leurs chagrins, afin que jaillisse la Joie... Enfanter à ma façon... Aimer, traverser le désir et la peur qui s’entremêlent et dire Oui à la Vie… Voilà le fruit de ce qui m'a été chuchoté ce matin, à l'aurore...